Zoom sur la fabrication du Pot composteur : interview d’Etienne Drouilly des Poteries d’Amance

S’il a fallu plusieurs années de travail pour mettre au point le système et le design du Pot de fleurs composteur, la fabrication de l’objet en terre cuite demande chaque jour un vrai savoir-faire. Etienne Drouilly, co-dirigeant de la Poterie d’Amance, revient sur toutes les étapes de fabrication du pot. De l’élaboration de sa barbotine à la cuisson de la pièce, cet artisan traditionnel fabrique 100% français. Une démarche qui a du sens et qui a touché l’ADN Transfarmers.

Etienne Drouilly fabricant du pot de fleurs composteur

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai eu un parcours classique de céramiste. 3 ans en école de modeleur céramiste à Longchamp où j’ai étudié la conception des moules et des produits. Un stage où j’ai pu davantage travailler la décoration et l’émaillage des objets en céramique. Et enfin, une formation en fabrication d’émail en Suisse avant d’intégrer la Poterie familiale d’Amance il y a 30 ans.

Quelques mots sur la Poterie d’Amance ?

Créée en 1892 par la famille alsacienne Vingerver dans le but d’exploiter les gisements de grés environnants, le petit atelier de la poterie-tuilerie fabriquait seulement des objet utilitaires en grès. Rachetée dans les années 30 par mon grand-père, la poterie s’est agrandie. On y fabriquait alors uniquement des pots de fleurs en terre cuite. Mais après le choc pétrolier nous avons dû nous développer et concevoir davantage de produits du quotidien. Depuis les années 80, les potiers horticoles n’existent plus et nous avons adapté notre fabrication aux demandes actuelles : tuiles, carrelages, pots de jardin aux épis de faitage, accessoires de décoration… Aujourd’hui, nous maîtrisons 7 méthodes de fabrication différentes : prototypage, modelage, fabrication, émaillage, décoration… Tout est fait sur place dans le respect des traditions de l’artisanat français. Nous sommes d’ailleurs fiers de faire partie des rares enseignes labellisées Entreprises du Patrimoine Vivant.

Quel artisan êtes-vous ? Comment travaillez-vous ?

Je m’efforce de perpétuer les traditions transmises par mon grand-père et que je communique à ma fille à mon tour. Mon frère David et moi travaillons ensemble et faisons partie d’un groupe de céramistes associés pour répondre aux diverses demandes. Nous mettons en synergie nos savoir-faire avec ceux de deux autres partenaires locaux afin de produire plus et mieux. En fabriquant notre propre argile et nos produits de A à Z, nous produisons 100% français.

Quelles sont les caractéristiques de votre argile rouge ?

Notre argile rouge, c’est la terre de Champagne. Aujourd’hui, très peu d’entreprises céramiques utilisent leur propre argile pour fabriquer leurs objets. La carrière que nous exploitons nous offre une argile artisanale peu chargée en oxyde de fer, dont la couleur claire et légère diffère des argiles industrielles.

Nous récoltons la terre et la laissons sécher dehors pendant 1 an avant de l’abriter sous un hangar pendant une nouvelle année encore. Nous la réduisons ensuite en poudre avant d’y ajouter de l’eau. C’est ce qui va créer la barbotine qui servira au coulage. Notre terre est plus résistante à la cuisson.
En France, nous sommes une trentaine de céramistes à posséder notre carrière et seulement 3 ou 4 à fabriquer notre barbotine.

Quelles sont vos étapes principales de fabrication du Pot de fleurs composteur ?

Le matin nous assemblons les moules et les remplissons de barbotine. Pendant 4 à 5 heures, le moule va aspirer l’eau et la terre va se déposer tout autour de la matrice en plâtre jusqu’à former les contours de la pièce. Il faut bien remuer et surveiller l’épaisseur de la paroi du pot qui se forme avant d’éliminer le surplus de matière.

Le soir nous préparons les pièces qui seront démoulées le lendemain. Une fois démoulés, les pots sèchent à l’air libre pendant 4 à 5 heures. Durant ce temps, mon frère et moi procédons aux finitions à la main (retirer les traces du moule, tamponner le logo, découper les ouvertures du Pot de fleurs composteur, passer les pièces à l’éponge…). Les pots resteront à température ambiante pendant 6 jours avant de passer à la cuisson au four pendant 18 heures.

Quelles étaient les principales contraintes et difficultés que vous avez rencontrées ? Et quelles solutions avez-vous trouvées ?

La forme est très complexe et cela crée beaucoup de tensions et de déformations notamment au niveau des bouches.

temperature et temps de sechage a surveiller dans l'atelier de fabrication du pot de fleurs composteurNous coulons dans un moule en plâtre à ciel ouvert, ce qui a comme particularité de former l’extérieur de l’objet mais pas l’intérieur. Les pots ne séchant pas de manière uniforme dans le haut et dans le bas, nous avons dû créer un nouveau moule tenant compte de ces différences de séchage. Nous surveillons le temps de séchage comme le lait sur le feu. Les pots ne doivent pas sécher trop rapidement au risque de se fendre. En 2019, nous avons d’ailleurs perdu une très grosse partie de notre production pendant la canicule. Il nous faut trouver l’équilibre parfait entre le temps et la température de cuisson (plus la température est élevée, plus la pièce est solide mais plus elle perd en porosité).

Nous travaillons avec de la matière vivante et créons notre propre argile qui présente des variations d’une fois à une autre. C’est un paramètre supplémentaire avec lequel il faut composer !

Au total, combien de temps et d’essais pour obtenir le Pot de fleurs composteur ?

Empilement de pots composteurs en terre cuite dans l'atelier de la poterie d'AmanceDes centaines de pots produits et deux années de travail. Depuis septembre nous avons un nouveau moule qui pallie aux inconvénients que nous rencontrions avec le premier. Aujourd’hui nous n’avons plus aucun problème avec la taille des bouches. Aussi, les bords du pot sont plus costauds, les finitions plus belles et nous avons ajouté quatre pieds pour stabiliser l’objet.
Mais nous avons encore des pertes. On continue donc de faire évoluer notre travail. D’ici 1 mois ou 2, nous serons vraiment au point sur la production Transfarmers.

Aujourd’hui, combien fabriquez-vous de pots composteurs par mois ?

Nous sommes encore en phase de développement. Avec les chantiers qui se croisent dans l’atelier nous fabriquons jusqu’à 200 pièces par mois.

Etienne Drouilly avec Louis Jamin et Aliette Thomazo dans l'atelier des Poteries d'Amance

Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans ce projet ? et en êtes-vous fier aujourd’hui ?

Outre le fait que l’équipe est très sympathique, c’est un produit novateur, écologique, pile dans l’air du temps et réaliste. Or, on sait qu’allier design et artisanat n’est pas toujours évident. C’est une corde de plus à notre arc et nous en sommes fiers.

Interview de Lola Colin

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